Histoires de l'arbre voyageur

La petite vieille et la tamarinier

Conte birman

Il était une fois une petite vieille qui vivait avec son fils et sa belle-fille. Or, cette dernière ne pouvait pas la supporter. Du matin au soir, elle se plaignait à son mari en maugréant que le trop bon appétit de sa mère finirait par les ruiner. A force de jérémiades, elle finit ainsi par persuader son époux de l’abandonner dans la forêt pour que les tigres la dévorent. Un jour, le jeune homme entraîna donc la petite vieille au fond des bois et la ligota au tronc d’un grand tamarinier.

A la tombée de la nuit, des tigres s’approchèrent de la pauvre femme pour la dévorer. Mais alors qu’ils s’apprêtaient à refermer leurs crocs sur elle, l’esprit du tamarinier les arrêta :

– Attendez avant de la croquer ! je vais chatouiller son nez pour savoir qui elle est vraiment.

Et sur ces mots, il saisit une plume et chatouilla les narines de la petite vieille.

– Atchoum ! Atchoum ! s’écria la pauvre femme. Que Bouddha, dans sa grande miséricorde, me vienne en aide !

– Allez-vous-en ! ordonna aussitôt l’esprit aux tigres affamés. Cette femme a trop bon cœur pour finir dans votre estomac !

Durant tout ce temps, l’esprit demeura invisible aux yeux de la petite vieille qui trembla de peur en voyant les tigres approcher d’elle et repartir sans lui faire de mal. Epuisée par ces émotions, la malheureuse s’appuya sur le tronc de l’arbre et s’endormit sans demander son reste. Au lever du soleil, elle vit avec stupeur que les cordes qui la maintenaient prisonnière avaient été coupées et trouva à ses pieds une énorme marmite remplie d’or. Soulagée, elle se leva, ramassa la marmite et retourna au village. Grâce à l’or du tamarinier, elle s’acheta une belle maison et vécut dans l’opulence.

Dévorée de jalousie, sa belle-fille supplia son mari de découvrir comment la petite vieille avait bien pu se procurer un tel trésor, alors qu’il l’avait laissée ligotée à un arbre pour que les tigres n’en fassent qu’une bouchée. De guerre lasse, le jeune homme finit donc par aller trouver sa mère pour lui demander d’où venait sa fortune. Comme celle-ci l’aimait beaucoup, en dépit de sa trahison, elle lui confia son secret.

Cet après-midi-là, la méchante belle-fille insista pour que son mari la conduise dans les bois et la ligote au tamarinier. Là, elle attendit paisiblement le crépuscule et n’éprouva pas la moindre peur en voyant les tigres s’approcher d’elle. Au contraire, elle ne se tenait plus de joie à l’idée d’être bientôt propriétaire d’une grosse marmite remplie d’or ! Comme la veille, au moment où les tigres allaient refermer leurs crocs sur leur proie, l’esprit du tamarinier s’écria :

– Attendez avant de la croquer ! Je vais chatouiller ses narines pour découvrir qui elle est vraiment.
Et sur ces mots, il chatouilla le nez de la jeune femme avec une longue plume.

– Atchoum ! Atchoum ! s’écria la méchante belle-fille. Qu’attendez-vous donc pour me donner mon or ?

– Le cœur de cette femme est vraiment plus dur qu’une pierre, soupira l’esprit du tamarinier. Personne ne la regrettera, vous pouvez la manger !

C’est ainsi qu’au lieu de faire fortune la méchante belle-fille fournit un bon souper aux tigres de la forêt.

Isabelle Lafonta , Histoires de l'arbre voyageur © Flies France, 2010