Le premier Normand

Il y a de cela longtemps, bien longtemps, saint Pierre et Notre-Seigneur parcouraient la France, qui était alors complètement inhabitée ; c’était, peut-être, bien peu de temps après le Déluge. A la vue d’une contrée admirable de beauté et de fertilité, saint Pierre dit à son maître :

– Quel est donc ce pays superbe où l’on ne voit aucun habitant ?

– C’est la Normandie, répondit Jésus ; son sol est le plus riche de la France entière.

– Pourquoi, Seigneur, laisseriez-vous tant de biens se perdre faute d’indigènes pour les recueillir ? Un mot de vous suffirait pour peupler ce beau pays.

– Soit, dit Jésus-Christ ; plante ton bâton en terre, et, quand tu le retireras, le premier Normand sortira du sol.

Saint Pierre obéit. Il ficha son bâton dans la terre, et, du trou qu’il avait fait, sortit un gaillard à rouge trogne, à la mine futée, coiffé d’un bonnet de coton ; les premiers mots qu’il prononça furent ceux-ci :

– Eh ! mes bonnes gens du Bon Dieu, pourriez-vous m’indiquer où demeure le juge de paix ?