Pourquoi les avocats ne sont pas admis au paradis


Il est arrivé, il y a longtemps, qu’un avocat soit monté au paradis.
Après quelques jours, une fois qu’il avait bien compris l’organisation du paradis, il se rend chez saint Joseph et lui fit la conversation en lui disant :
– C’est vrai que vous êtes le père putatif de Jésus-Christ ?
– Bien sûr, c’est vrai !
–Dites-moi alors, pour quelle raison les clefs du paradis sont confiées à un étranger et ne sont pas gardées par un membre de la famille comme vous ? Je m’explique : cela me semble une chose bien étrange, et, si j’étais à votre place, je ferais tout pour qu’elles me soient rendues.
– Mais que dites-vous ? Vous voudriez que je me dispute avec saint Pierre ?
– Pas du tout Monseigneur. Ces choses se font sans disputes et sans altercations. Vous l’assignez à comparaître au tribunal ; vous intentez une action en justice et moi, qui suis avocat, je vous défends.
L’apôtre saint Jean qui était occupé à peindre dans les environs entend tout ce beau discours et pense bien d’aller tout redire à saint Pierre.
Saint Pierre, s’apercevant que saint Joseph pouvait bien avoir gain de cause, commence à se plaindre :
– Pauvre de moi, que faire ! Dans quelle mauvaise passe m’a mis cette canaille d’avocat !
Saint Jean lui répond : 
– Ne vous inquiétez pas, je vais vous dire comment faire pour ne pas perdre. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, saint Joseph suit les conseils d’un avocat, n’est-ce pas ? Alors, pour que cette affaire soit portée au tribunal, il faut attendre l’arrivée d’un autre avocat lauréat qui puisse prendre votre défense. Obtenez cela et vous aurez gagné le litige : car si provisoirement les clefs restent entre vos mains, vous ne laisserez plus entrer au paradis aucun autre avocat et le procès ne se fera jamais.
À Saint Pierre, ce conseil plut infiniment, et ayant exposé ses raisons il conclut cet accord. À cause de cela les avocats ne peuvent plus entrer au paradis.


Galina Kabakova, Contes et légendes d'Italie ©
Flies France, 2006