Contes et légendes du Vietnam

Les peuples de la courge

Dans un village vivaient deux enfants, un garçon et sa sœur. Orphelins de père et mère, ils allaient dans la jungle chercher leur pitance. Ils aperçurent un rat des rizières (Rhizomys) et voulurent l’attraper. Le rat se réfugia dans un trou.

Les deux enfants extraient le rat de sa tanière avec leur coutelas. Le rat les implore de le relâcher, et il dit :
– Il va pleuvoir très fort, tout sera inondé. Toutes les bêtes vont crever et vous avec. Libérez-moi et je vous porterai secours.
Les enfants l’interrogèrent :
– Comment éviter la mort ?
Le rat leur donna ce conseil :
– Coupez un tronçon de bambou ; creusez-y une cavité. Vous y mettrez des provisions pour sept jours.

Le déluge survint. Les enfants s’installèrent dans le bambou nacelle. Comme la pluie voulait pénétrer dans l’embarcation close, les abeilles vinrent boucher les trous avec leur cire. Les deux enfants agirent selon les conseils du rat. L’eau ne suintait plus. Ils comprirent que la terre s’était asséchée et enfants sortirent de la barque. Cette barque était comme un tambour échoué au sommet d’un nhot (Eléagnus, olivier de Bohème). Les gens étaient isolés, les bêtes toutes mortes. Les deux enfants étaient fort tristes.

Ils se séparèrent pour trouver un conjoint. Ils se retrouvèrent, se reséparèrent. Finalement, le frère passa à sa sœur le couvercle de la boîte de bétel. Il garda la boîte pour qu’ils puissent se retrouver, en signe de reconnaissance. Chacun repartit de son côté. S’étant enfin retrouvés de nouveau, la sœur passa à son frère le couvercle de la boîte de bétel. Ils se reconnurent.

L’oiseau ngoc leur conseilla de s’épouser, afin que l’humanité puisse se perpétuer. Au début, la sœur renâcla. Finalement elle accepta. Elle se trouva enceinte. La grossesse dura sept ans, sept mois, et sept jours. Elle mit au monde une calebasse. Le mari voulut y porter le couteau et la jeter. La mère la rangea précieusement sur le râtelier séchoir à viande (au-dessus de la cuisine).

Chaque fois qu’il revenait de la rizière, le mari entendait des conversations et des rires dans la maison. Il grimpa enfin au râtelier, appliqua son oreille à la calebasse. Il ouit nettement les bruits de voix et rires. Il récupéra la calebasse, avec l’intention de l’ouvrir avec son couteau. La mère était inquiète. Elle conseilla à son mari d’y porter juste la pointe du couteau, après l’avoir passé au feu.

Les Khamu sortirent les premiers, plutôt noirâtres, avec des taches de cendre sur le corps. Le mari agrandit le trou. Alors, les Thay, les Tay, et les Luu sortirent. Il cassa la calebasse. Enfin, les Kinh et les Lao sortirent.
Les Kinh, Vietnamiens au sens strict, sortis les derniers, ont la peau claire.


Contes et légendes du Vietnam ©
Flies France, 2011